Aller chercher l’inspiration
Bain de ville et moral en berne
Après une intense semaine parisienne à marcher dans la ville, visiter des musées et expositions, m’émerveiller et faire le plein d’inspiration, je suis rentrée en Provence où j’ai retrouvé un rythme plus calme.
Avant de partir de chez moi, j’avais passé deux mois très chargés en couture historique, me laissant assez peu de temps pour faire autre chose, si ce n’est un peu d’aquarelle par-ci par-là. La tête dans le guidon, toute mon attention était dirigée vers le fait de terminer nos deux costumes Premier Empire et d’avancer autant que possible sur les éléments de costume que je dois coudre pour mon spectacle de théâtre le 16 juin, donc j’étais trop occupée pour m’appesantir sur l’inconfort de ma situation actuelle.
Or, depuis que je suis rentrée, je me sens un peu désœuvrée et rattrapée par un moral assez bas. Ça fait déjà plusieurs mois que je ne suis pas au meilleur de ma forme mentale. La raison est banale : plusieurs de mes besoins importants ne sont pas remplis et ça commence à peser lourd. J’ai peu de prises sur l’amélioration de la situation hormis une décision radicale à base de déménagement (que je ne suis pas encore prête à prendre) donc autant dire qu’en ce moment ma vie ne m’apporte pas beaucoup de satisfactions (même si elle m’en apporte quand même). Quand on est dans ce genre d’état, une paralysie s’installe. En ce qui me concerne, ça se traduit par une démotivation générale : je n’ai envie de rien, tout m’emmerde et je pourrais juste me contenter d’attendre que le temps passe dans mon canapé. Bref, je pense que je ne suis pas loin d’un état dépressif. Même si j’ai connu pire et que je me sens encore capable actuellement de sursauts d’énergie, il ne faudrait quand même pas que cette situation dure trop au risque d’empirer mon moral.
Quand je ne vais pas bien, je n’écris pas. J’ai eu l’occasion de l’observer plusieurs fois dans ma vie, ce qui fait que j’ai beaucoup de mal, en ce momentn à trouver des sujets intéressants à aborder dans cette lettre hebdomadaire. On est rarement intéressant quand on ne fait rien et je n’ai pas fait grand-chose cette semaine.
À défaut de vous proposer des réflexions profondes, je vais donc terminer cette lettre en vous parlant de choses qui m’ont touchée dans les musées parisiens la semaine dernière.
Les enchantements parisiens
En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, j’ai pris l’habitude de considérer les musées comme chez moi. J’aime retourner plusieurs fois dans les lieux que je connais déjà et je fuis la foule parce que j’estime qu’on ne peut pas apprécier l’art dans de mauvaises conditions (le brouhaha permanent et la presse pour pouvoir accéder à un cartel sont de mauvaises conditions). Pour cette raison, si je suis beaucoup allée au Louvre dans ma vie, j’ai souvent fui les salles les plus populaires dont font partie les salles égyptiennes. Or, la semaine dernière, je suis retournée au Louvre accompagnée d’une personne qui n’y était pas allée depuis 1997 et qui avait envie de voir certaines salles en particulier, ce qui, dans le parcours, nous a fait traverser les salles de l’Égypte antique. À cette occasion, j’ai redécouvert (je pense que je n’y avais pas mis les pieds depuis le collège) une salle consacrée à l’aménagement des maisons. Dans cette salle, il y avait une chaise, enterrée avec son propriétaire à une époque où l’on enterrait les morts avec des objets usuels. Je ne l’ai pas prise en photo parce qu’au fond, ce n’était qu’une chaise, mais pourtant je l’ai trouvée extraordinaire. Elle était dans un état de conservation incroyable et quelqu’un aurait pu s’asseoir dessus à peine un siècle plus tôt. Ce qui m’émeut le plus quand je visite un musée, c’est quand brusquement la distance de plusieurs siècles qui nous séparent d’individus du passé est abolie, quand quelque chose, une œuvre, ou un objet du quotidien, me semble si moderne que d’un coup je me sens proche des gens qui les ont utilisés ou faits, quand je suis prise d’un vertige lorsque je réalise que l’humanité a toujours été la même. Il n’y a rien que je trouve plus beau ou émouvant que cette confrontation aux objets du passé. Me dire que j’étais en train de regarder une chaise, sur laquelle la dernière personne à avoir posé son derrière vivait au quatrième millénaire avant notre ère1 , je trouve ça complètement fou. C’est un de mes plus beaux souvenirs de cette visite.
Le Louvre est plein de merveilles et c’est vraiment dommage que les conditions pour les voir soient si mauvaises (et que l’entrée soit devenue si chère !), mais comme le palais est gigantesque, il y a des salles qui sont toujours peu fréquentées. C’est le cas des salles des Antiquités orientales, qui sont d’un abord franchement aride pour qui n’est pas spécialiste de cette ère géographique, mais le jeu en vaut la chandelle quand on tombe sur les taureaux ailés de Khorsabad ou les frises du palais de Darius Ier. Moi j’en suis toujours émerveillée.
Enfin, pour continuer du côté des salles de musée peu fréquentées, je suis allée au musée d’Orsay, où j’ai vu la petite exposition contemporaine consacrée à la peintresse Nathanaëlle Herbelin, née en 1989. Ses tableaux récents sont mis en dialogue avec Bonnard, Vuillard, Valloton et j’ai trouvé cet accrochage très réussi. La peinture de Nathanaëlle Herbelin est intime et narrative. Je l’ai trouvée tellement forte et intéressante que j’avais envie de me procurer un catalogue de son travail (qui n’existe malheureusement pas encore).

Si vous avez l’occasion d’aller faire un tour au musée d’Orsay, ne loupez pas cette petite exposition et si vous êtes loin, vous pouvez avoir un aperçu de son travail sur le compte instagram de Margaux Brugvin.
Je m’arrête ici pour cette lettre, en espérant avoir un peu plus de choses à vous raconter dimanche prochain.
Bonne semaine.
Cette semaine sur le blog
Si j’ai bien compris, mais comme je suis complètement perdue dans les successions de siècles avant J.-C. je me suis peut-être trompée. Disons que c’était en tout cas il y a très très très longtemps.



